La mélodie du métal

Cultures

La mélodie du métal

Étienne Krähenbühl

par Olivia de Smedt
Faites de rails de chemin de fer, les installations de ce sculpteur suisse invitent à un voyage sonore : sous l’effet du vent ou d’un geste, ces géants d’acier prennent vie et jouent une partition sans cesse différente.

Etienne Krähenbühl ne se contente pas de sculpter le métal, il le fait aussi chanter. Chacune de ses œuvres devient un xylophone que fait tinter le vent ou un geste du visiteur. Depuis plus de vingt ans, l’artiste suisse a pour matériau de prédilection les rails des Chemins de fer fédéraux helvétiques, chargés de voyages et de mémoire, sur lesquels on peut voir les marques du temps : « La corrosion, l’usure, les traces rouillées sont mes outils. Je joue avec cette matière pour mettre en valeur les richesses de ce passé. » D’autant, ajoute-t-il, que « dans notre société où la consommation est poussée à l’extrême, j’aime la notion de récupération qui consiste à donner une nouvelle vie à des objets devenus inutiles, rejetés. »

Son vocabulaire artistique se compose de formes géométriques élémentaires pour des installations à la fois massives, aériennes et en mouvement. Une rencontre a fortement marqué son travail : celle de Rolf Gotthardt, de l’Ecole polytechnique de Lausanne, un spécialiste en alliages à « mémoire de formes », des matières dotées de propriétés incroyables comme une superélasticité au-delà des limites du possible. On retrouve d’ailleurs cette caractéristique du rail dans son œuvre monumentale « Bing-Bang » : une immense sphère suspendue constituée de traverses en acier corrodé – provenant des rails de chemin de fer récupérés pour la partie extérieure, et de tubes en fer de différentes longueurs pour son cœur. Cette boule d’acier de près de 1 500 kilos, accrochée dans le vide, palpite comme un cœur métallique, avec d’incroyables sonorités lorsque ses 750 tubes s’entrechoquent sous l’effet du vent ou à l’aide des mains.

La notion de temps est aussi une constante dans l’œuvre de Krähenbühl : ici, il semble suspendu à plusieurs fils pour nous offrir une explosion magique de sons, tel un carillon géant qui a résisté aux années pour nous conduire vers de nouvelles destinations. www.ekl.ch

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Les expositions d’Étienne Krähenbühl
« Conscience du caillou » présente dix œuvres du sculpteur suisse disséminées dans la commune de Lancy (Genève). Jusqu’au 26 août. www.lancy.ch.
Il participera également à l’exposition collective « Art en paysage. Rousseau en pays de Vaud » à l’Espace culturel d’Assens. Jusqu’au 16 septembre. www.espace-culturel.ch
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