La nature réssuscite sous nos pas

Rupert Sheldrake

La nature réssuscite sous nos pas

par Patrice van Eersel
L'irruption du biologiste Rupert Sheldrake sur la scène scientifique, il y a un peu plus de dix ans, nous avait apporté une bouffée d'énergie avec sa fameuse hypothèse des champs morphiques. A chaque forme correspond un champ, qui se rit de l'espace-temps, une sorte de passerelle vers l'éternité, et plus une forme se matérialise, plus son champ est fort. Idée très impliquante sur le plan de la responsabilité individuelle. Cela rejoint l'intuition du maître zen Taïsen Deshimaru quand il disait : "Votre posture de méditation influence le monde entier".

La morphogénèse sheldrakienne est censée toucher toutes les formes auto-engendrées, des cristaux aux embryons, du langage à nos comportements. Vaste ambition, que les sciences modernes ne peuvent intégrer autrement que de façon heuristique (comme un jeu qui fait réfléchir).

Acceptée telle quelle, la résonnance morphique remettrait en cause toutes les disciplines contemporaines.

Dans son premier livre, Une nouvelle science de la vi e (1981), le jeune biologiste de Cambridge essayait encore fougueusement de tout prouver par A plus B, citant moultes expériences frappantes, tant sur les cristaux que sur les rats ou sur les humains.

Dans le second livre, Presence of the Past (1988, traduit La mémoire de l'Univers ), on note une maturation. Rupert Sheldrake affirme son anglicité : tout de vient question d'habitude, de coutume. La lumière se déplace à 300000 km/s ? C'est parce qu'elle a pris cette habitude ! Rien n'est immuable. Tout bouge, évolue. Nous sommes influencés par des "champs de forme" depuis l'hors-espace-temps, mais nous influençons ces champs en retour - comme si l'idée divine nous modelait tout en étant modelée par nous en permanence.

Avec son troisième livre enfin, The rebirth of Nature (1991, traduit L'âme de la nature ), le chercheur s'offre un melting pot philosophique. Après deux cents ans de mécanisme forcené, dit-il, on a voulu mordicus comparer la nature à nos machines, la transformant en un enchevêtrement de structures inertes, et voilà que s'annonce un nouvel animisme. La nature a une âme ! Une âme sexuée et divine. Nous le savons intimement. Que des savants puissent en refaire le coeur de leur art a de quoi nous faire chanceler de joie.

Nouvelles Clés : Etes-vous le même Sheldrake qu'il y a dix ans ? Dans The Rebirth of Nature , vous semblez moins préoccupé par la preuve scientifique.

Rupert Sheldrake : Toutes les nouvelles découvertes scientifiques n'ont pas encore été reliées en une grande synthèse. La perception mécaniste du monde demeure donc souveraine. Dans ce livre, j'essaye de réunir la nouvelle vision scientifique et la vision écologique du monde, pour voir comment elles peuvent se compléter. La vision mécaniste du monde est d'abord une métaphore de la machine. Il n'est pas difficile de démontrer qu'elle est aujourd'hui transcendée par une autre métaphore : le cosmos considéré comme un organisme en évolution. Cette transcendance a été mise en branle par la théorie des champs : désormais, pour la science, la réalité physique se ramène à de l'énergie soumise à des champs. Cela bouleverse notre vision du monde.

N. C. : Par exemple en nous conduisant à admettre des champs morphogénétiques ? Y a-t-il du neuf sur ce terrain-là ?

R. S. : Les expériences continuent à nous apporter des résultats réguliers. Il y a eu l'an dernier un grand concours, sponsorisé par l'Institut des sciences noétiques. L'expérience la plus facile à raconter est celle qui a obtenu le second prix. Une équipe de l'Université de Nottingham a utilisé les mots croisés d'un quotidien du soir. L'hypothèse était : si les champs morphiques existent, il doit être plus facile de faire les mots croisés de la

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