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L'impossibilité des îles
"If you melt, we sink"- si vous fondez, nous coulons. C'est la devise d'une coalition des îles perdues, tous ces archipels que la montée des mers menace d'engloutir.
Daniel Popp
Le désert nu
Nouvelles Clés : Qu'est-ce qui vous a fait tomber amoureux du Sahara ? Dans Le désert nu, vous évoquez des d'antécédents familiaux, en particulier un grand-père médecin qui officiait à Tombouctou au début du siècle - vous ne l'avez pas connu, mais il avait laissé des objets : un œuf d'autruche, une tête de crocodile, des sandales touaregs... Et puis vous êtes tombé sur cette petite annonce dans Actuel, en 1971 : “Paris-Tamanrasset-Vacances de Noël-550F.” Avec votre future femme Dominique, vous aviez déjà exploré le Cercle Polaire en 2CV, mais le Sahara, ce fut un choc considérable, une divine surprise, même si l'expédition était si mal organisée que vous n'êtes jamais arrivés à Tamanrasset ! Vous doutiez-vous à l'époque qu'organiser des voyages à pied dans le désert deviendrait votre métier ?
Daniel Popp : Pas du tout, j'étais en train de devenir pianiste professionnel et chanteur (mon père est compositeur et m'a légué cette sensibilité-là). Mais trente ans plus tard, j'ai la nette impression que le désert m'avait traversé bien avant que j'y pose mes pas. Pour moi, avant d'être géographique, le désert s'est manifesté par une sorte de quête, dont j'ai compris à l'adolescence qu'elle reposait sur un manque, une faille, une interrogation identitaire.
Mes lectures adolescentes aussi, ont dû jouer. Mais c'était autant des bédés et des livres d'aventure - Tintin dans Le crabe aux pinces d'or, Black et Mortimer, Les aventures d'un gamin de Paris - que des livres de vulgarisation psy comme Les victoires de la psychologie moderne de Pierre Dacco, qui venaient me confirmer, à 16 ans, l'intuition ancienne qu'il devait y avoir un secret au fond de ma propre histoire.
Pourquoi chercher la clé de ce secret au Sahara ? Les voyages vers le nord m'avaient déjà fait sentir les “fondamentaux” : l'espace, le silence, la beauté... Mais dans le Sahara, c'était soudain énorme, transcendant. Même si le voyage était organisé n'importe comment (c'est le moins qu'on puisse dire !), j'avais l'impression de me retrouver chez moi - tant pis si la formule est banale. Il y avait vraiment quelque chose de l'ordre du “chez moi”, surtout dans l'espace : infini et de pure beauté, et cela malgré ma crève - car dans le groupe, deux filles grippées avaient filé leur virus à tout le monde ! Mon premier ciel saharien, je l'ai vu avec 39° de fièvre.
Je me revois sur les dunes, totalement allumé. C'était noël, il faisait un froid de canard. À partir de là, je n'ai eu de cesse de retrouver cela.
N. C. : Retrouver quoi ? ce gigantesque “chez moi” ? Vous parliez d'une faille, d'un manque. Manque de quoi ? D'infini ?
D. P. : On essaye d'établir des liens de causalité, mais ça reste des choses qu'on se raconte. Il faut trouver les mots qui vont. Plus tard, j'ai fouillé ça par une psychanalyse. Je pressentais que l'origine de ma béance identitaire se trouvait quelque part dans mon histoire. Je remontais mon histoire année par année, me confrontant à mes peurs, à des paniques très anciennes, liées à

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