Le laboratoire évolutionniste

Andrew Cohen

Le laboratoire évolutionniste

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par Patrice van Eersel
Entretien avec Andrew Cohen sur son parcours, sur l'avenir de la spiritualité et sur les raisons qui l'ont décidé à faire de son magazine "<em>What is Enlightenment ?</em>" un laboratoire de futurologie.</p> <p>La barre est d'emblée placée haut : “Au bout de 14 milliards d'années, voilà que l'évolution devient consciente !”

Beaucoup de nos lecteurs connaissent Andrew Cohen ou ont entendu parler de lui.

Il fait partie de ces guides inclassables que la contre-culture américaine nous envoie parfois, souvent via l'Orient, et qu'un homme comme notre ami Yvan Amar aimait recevoir et faire connaître. Tout comme ce dernier, cet Occidental juif fort peu pratiquant, et même tout à fait incroyant au départ, avait commencé par trouver sa voie après une expérience mystique sauvage qu'il lui a fallu (rapidement) décrypter auprès d'un grand méditant yogique indien. Mais autant Yvan Amar avait continué à se situer comme disciple de son maître indien, bien après être rentré en France et jusqu'au bout de sa trop courte vie d'enseignant, autant Andrew Cohen, une fois rentré aux États-Unis, a éprouvé le besoin de se libérer de toute allégeance traditionnelle, pour ouvrir sa propre voie d'enseignement. Une voie “évolutionniste”, relevant les défis radicalement neufs auxquels l'humanité se trouve confrontée au XXIe siècle. Une voie fondée sur une découverte essentielle et très récente, du moins au regard de l'histoire : l'univers évolue depuis quatorze milliards d'années et nous en sommes le dernier fruit connu ; un fruit qui a ceci de très particulier qu'il a pris conscience de sa course incroyable et sait que la suite dépend désormais en grande partie de lui. De son éveil, certes. Mais aussi et surtout de son action, pour se changer lui-même et changer le monde. Or, ici, le bât blesse : “Tout le monde veut être éveillé, dit Cohen avec un sourire en coin, mais personne ne veut réellement changer, là, maintenant, tout de suite.”

Nouvelles Clés : Comme beaucoup d'Occidentaux, vous avez commencé par trouver un maître indien qui vous a formé à devenir enseignant vous-même. Mais rentré en Amérique, vous vous êtes détaché de toute tradition. Pourquoi ?

Andrew Cohen : Si je raconte nos quarante dernières années, en caricaturant un peu, je dirais que nous, Occidentaux, avons commencé par lâcher nos propres traditions, avec une vive curiosité pour l'Orient.

Nous avons connu l'éveil oriental et, après l'avoir expérimenté un certain temps auprès de maîtres de là-bas, nous avons rapporté cela chez nous. Ce mouvement avait quelque chose de très humble : enfin des Occidentaux qui reconnaissaient que d'autres étaient éveillés et qu'eux ne l'étaient pas ! Notre gros ego narcissique a été raboté un bon coup. D'autres s'avéraient supérieurs à nous. La post-modernité commence là, dans ce dépassement. Le problème, c'est que nos maîtres orientaux venaient de contextes culturels pré-modernes. Leurs réponses à nos questions sur les meilleures façons de nous comporter dans la vie ordinaire se sont très souvent avérées inappropriées. Et dans leur propre développement personnel, il nous est aussi apparu que ces gens-là connaissaient certes des états supérieurs de conscience, mais qu'ils se connaissaient parfois mal eux-mêmes, au sens psychologique, émotionnel, etc.
Bref, le balancier est reparti dans l'autre sens.

De nouvelles perspectives transpersonnelles ont alors émergé, à partir de ces deux images complémentaires : l'image de l'Occident évolutionniste, métaphore de l'enfant devenant progressivement adulte ; et l'image de l'Orient transcendantal, métaphore de l'adulte sain, partant à la

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