Portraits de "foodistas"
GOOD FOOD
Portrait

Portraits de "foodistas"

Guillaume Long, 38 ans
L’APPETIT VIENT EN RIANT

Pas étonnant qu’il définisse la cuisine comme un « art de vivre ludique ». En parcourant À boire et à manger, sa BD gastronomique publiée en trois tomes chez Gallimard - qui est aussi le nom de son blog -, on en est convaincu : Guillaume Long, illustrateur suisse diplômé des Beaux-Arts de St-Etienne et résidant à Lyon, aime autant dessiner que rire et savourer. Un authentique « croqueur » d’une insatiable curiosité. « Peut-on sauver la quenelle des préjugés universels ? », s’interroge-t-il dans son dernier opus. Ou « Comment poussent les noix de cajou ? »…  Son ambition : « montrer que lorsqu'on prend du plaisir à cuisiner, le résultat dans l'assiette est rarement décevant », explique-t-il.  Pari gagnant.

Une recette basique et magique ? 

Laver une belle tomate, la couper et l'arroser d'huile d'olive. La saler et de la poivrer en déchirant dessus une ou deux feuilles de basilic. Une des meilleures salades au monde, pour qui aime la tomate. Aux autres, je recommande les oursins crus, sans accompagnement. Exquis.

Votre première émotion culinaire ? 
Le gâteau de semoule au chocolat de ma mère. L’année de mes 5 ans, elle y a mis une fève pour l’épiphanie. Heureux d’être le roi, j’ai insisté pour qu’elle en refasse un chaque jour, jusqu’à la fin janvier. Elle a joué le jeu, j’étais comblé… Il y avait de l’amour dans cette recette que je n’ai toujours pas tentée, malgré sa simplicité.

La spécialité que l’on vous reconnaît ?
J’ai récemment pris part à une battle de bolognaise avec la très douée Sonia Ezgulian… Mais ma passion, c’est la cuisson du poisson. Un savoir-faire transmis par celle à qui je dois tout : encore ma mère. 

Un produit que vous ne mangez jamais ? 
Les petits pois en boîte. C’est mon unique aversion. Encore que je ne cours pas, non plus, après les blettes. 

Une adresse qui nourrit votre imagination ? 
Une institution : les Halles de Lyon-Paul Bocuse. 48 commerçants d’exception réunis dans un marché couvert : écaillers, fromagers, boulangers… Les produits sont magnifiques et pas si onéreux qu’on l’imagine.  J’y suis Charlie dans une chocolaterie.

La dernière table qui vous ait bouleversé ? 
La Cale, un restaurant en bord de plage, à Blainville-sur-Mer (Manche). Tout y est bancal, décati. Mais le homard de Rémi Voisin, proposé sur commande à 29€, est une vraie réjouissance. C’est le charme des bonnes gargotes : on y prend toujours plus de plaisir que dans une maison étoilée… Où l’on vient assuré que l’on va bien manger. 

Mathilde Dewilde, 36 ans
DE L’ART ET DU DETAIL 


Une winneuse. C’est ainsi que pourrait se définir Mathilde Dewilde si elle était vantarde. Mais rien de snob chez celle qui a remporté « Instant Restaurant » de l’autre côté de la Manche (2009), puis « Un dîner presque parfait », le concours culte diffusé par M6 (2012). Au contraire : même si elle est désormais l’une des foodistas les plus en vue de Paris, notamment grâce à son livre Foodista et son blog,  la trentenaire d’origine orléanaise reste calme. Soigne son job de directrice de communication, profite autant qu’elle peut de sa vie de famille…  Qu’elle aime par dessus tout nourrir, évidemment.

Une expérience culinaire que vous n’oublierez jamais ? 
Une assiette dressée par Marc Veyrat à « La ferme de mon père », à Megève, en 2004. Je me souviens d’une petite parcelle de gazon piquée de marguerites… L’émotion était pleinement esthétique, en plus d’être gastronomique.

Une devise qui vous inspire ? 
Une phrase prononcée par Ferran Adrià : « Je me fous de la cuisine de ma mère ! ». Même si je dois énormément à la mienne, je comprends ce qu’il veut dire : à ne pas oser s’affranchir du modèle, on risque de tourner en rond, d’oublier d’être créatif. Il faut savoir l’entendre. 

Votre ustensile indispensable ? 
L’épluche-tomates. Plus besoin de les ébouillanter avant de les peler : c’est le cooktoy indispensable. Avec l’Opinel cranté, parfait pour couper les oignons. 

Un produit dont vous ne manquez jamais ? 
J’hésite. Je raffole du chocolat sous toutes ses formes, et j’aime savoir qu’il y en a dans le placard. Mais j’aime aussi beaucoup les yaourts brassés nature, et j’essaie de ne pas en manquer. Saveur et fraicheur à n’importe quelle heure de la journée… Encore meilleurs quand ils sont turcs.

Pour vous, cuisiner, c’est…
(Se) faire plaisir. Les gens adorent que l’on cuisine pour eux, et c’est très gratifiant de les voir se réjouir. Envers de la médaille : je me mets parfois beaucoup de pression pour les contenter. 

Un dîner simple but absolutely perfect
D’abord de la jolie vaisselle : j’ai toujours aimer m’attacher aux détails qui participent forcément à la magie. Et puis deux planches : l’une de charcuterie, l’autre de fromages. Du pain, du vin…  So french !

 

Anaïs Lerma, 28 ans
LE BON PLAISIR AU JUSTE PRIX

Tout juste entrée sur le marché du travail, cette parisienne d’origine périgourdine a eu une excellente idée. Etonnée de voir ses collègues déjeuner invariablement au même endroit, Anaïs Lerma s’est, en effet, interrogée : pourquoi ne pas arpenter le quartier pour évaluer les restaurants à moins de quinze euros ? Bingo : l’affaire est lancée, agrémentée d’un site, élargie à toute la Capitale… Aujourd’hui, Parisianavors recense plus de 300 adresses et compte 70 000 pages vues chaque mois. Un vrai carton que la jeune gourmande orchestre avec beaucoup de fierté : « Cette aventure me permet de rencontrer des gens, d’élargir ma culture, de découvrir d’autres saveurs… Mais elle me donne surtout envie de cuisiner pour les miens », explique-t-elle. Tout en surveillant son budget.

Votre premier réflexe lorsque vous testez une table ? 
Gouter le pain. Il est généralement un bon indicateur de ce qui va suivre. De mon côté, je n’en jamais d’avance : je l’aime quand il est frais.

Un bon repas,  c’est…
Un moment de partage. D’ailleurs, chez moi, je ne m’installe pas à table si je mange seule. Mais un bon repas, c’est aussi un équilibre parfait entre plaisirs et calories. Manger riche, ce n’est pas grave quand on se régale. Mais rien d’aussi insupportable que d’être déçue, et, en plus, de se faire mal.

Une recette express à deux balles ?
Le pad thaï, un plat thaïlandais à base de pâtes. On trouve les ingrédients dans les épiceries exotiques et ça ne coute rien. On fait sauter, dans un wok, des nouilles de riz, du poulet et des germes de soja. On ajoute de la sauce nuoc-mâm et des brisures de cacahouètes… En dix minutes, c’est prêt. 

Une astuce pour alléger les plats ? 
Je remplace le sucre par du sirop d’agave, et je n’en ressens pas de frustration. C’est différent pour le beurre : impossible de m’en passer. 

Votre meilleur second de cuisine ? 
Mon odorat. Je me fis à lui à chaque étape de la préparation. Pour moi, rien de plus délectable que de sentir les effluves qui s’échappent d’une marmite, par exemple. C’est une très belle excitation. 

Le péché mignon que redoute votre porte-monnaie ? 
En début de mois, j’achète du fromage chez Androuet : succulent. En cas de bonne humeur, je peux aussi m’arrêter chez Cluizel pour acheter une tablette de chocolat. Mais à 8 euros la tablette, je fais durer le plaisir. 

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