Sans les animaux, le monde ne serait pas humain

Boris Cyrulnik

Sans les animaux, le monde ne serait pas humain

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par Karine Lou Matignon

criait, et lorsqu'on s'élevait contre ça, on nous répondait qu'il s'agissait d'un réflexe ! Le bénéfice de l'esprit cartésien, c'est l'analyse, qui nous a donné le pouvoir. Le maléfice du cartésianisme, c'est aussi l'analyse : on a coupé l'homme de la nature, on a fait des animaux des choses, on a dit qu'un animal ne possédant pas l'organe de la parole ne souffrait pas, et là-dessus, on en a déduit qu'un aphasique n'était pas un humain, qu'un enfant qui ne parlait pas ne devait pas non plus éprouver de douleur.

Les animaux ne sont pas des machines, ils vivent dans un monde d'émotions, de représentations sensorielles, sont capables d'affection et de souffrances, mais ce ne sont pas pour autant des hommes. Le paradoxe, c'est qu'ils nous enseignent l'origine de nos propres comportements, l'animalité qui reste en nous... En observant les animaux, j'ai compris à quel point le langage, la symbolique, le social nous permettent de fonctionner ensemble. Pourtant, je constate à quel point nous avons encore honte de nos origines animales. Lorsque j'ai commencé l'éthologie humaine, on me conseillait de publier mes travaux sans faire référence à l'éthologie animale. La même chose m'est arrivée encore récemment. Choisir entre l'homme et l'animal, entre celui qui parle et celui qui ne parle pas, celui qui a une âme et celui qui n'en possède pas, celui qu'on peut baptiser et celui que l'on peut cuisiner. A cette métaphore tragique, qui a permis l'esclavage et l'extermination de peuples entiers, a succédé l'avatar de la hiérarchie, où l'homme au sommet de l'échelle du vivant se permet de détruire, de manger ou d'exclure de la planète les autres terriens, animaux et humains, dont la présence l'indispose. La violence qui me heurte le plus vient justement de la non-représentation du monde des autres, du manque d'ouverture, de tolérance, de curiosité de l'autre.

K. L. M. : Un monde de sangsue n'est pas un monde de chien...

B. C. : Lequel n'est pas un monde humain. Plus on cherche à découvrir l'autre, à comprendre son univers, plus on le considère. Dès l'instant où l'on ne tente pas cette aventure, on peut commettre des actes de violence sans en avoir conscience. Mais la violence se déguise sous de multiples formes, et nos désaccords à son sujet viennent très souvent de définitions non communicables, parce qu'il existe d'énormes différences de point de vue.

À lire :

  • Les vilains petits canards , de Boris Cyrulnik, éd. Odile Jacob.
  • La plus belle histoire des animaux , collectif. éd. Le Seuil.
  • La fabuleuse aventure des hommes et des animaux , collectif.

- Sans les animaux, le monde ne serait pas humain , Karine Lou Matignon, éd. Clés / Albin Michel.

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