Dossier

Vivons-nous une nouvelle Renaissance ?

Tous les articles de ce dossier :

Version imprimable de cet article Version imprimable
PARTAGER
| |


Partenaires - Annonceurs

Dans le même thème



Autres thèmes

Accueil >> Dossiers thématiques >> Autres regards >> Thierry Gaudin : « La vraie Renaissance

Thierry Gaudin : « La vraie Renaissance démarrera après 40 ans de restructuration autoritaire »

Polytechnicien et ingénieur des mines, le prospectiviste Thierry Gaudin est devenu célèbre après la publication de l’ouvrage collectif « 2100, récit du prochain siècle », en 1990 (éd. Payot) : vingt ans plus tard, ce travail est plutôt corroboré par les faits.

Clés : Peut-on dire que nous vivons une nouvelle Renaissance ? La comparaison historique elle-même tient-elle la route ? Un monde nouveau va-t-il émerger dans les temps à venir ?

TG : Ma première réaction : la démographie. Il faut avoir en tête la courbe du Moyen-âge. Entre 1100 et 1300, la population européenne triple, jusqu’à 40 habitants au km2, grâce à d’importants progrès techniques : les socs de charrue en fer, la sélection des semences, les premières proto-usines utilisant l’énergie hydraulique (moulins), etc. Le gouvernail arrière arrive de Chine – on le voit la première fois en 1242 dans les villes de la Ligue hanséatique, mais c’est le Portufais Henri le Navigateur qui va généraliser son usage sur les Caravelles, depuis l’Algarve, d’où sortiront Vasco de Gama, Christophe Colomb et compagnie – dans l’idée de la traversée transatlantique. Jean Guimpel décrit tout ça fort bien dans « La révolution industrielle au Moyen-âge » (Seuil, 2002). Donc explosion démographique et grande prospérité… ce qui est notamment du aussi au fait que la classe dirigeante était partie aux croisades ! Privés du bras séculier qui obligeait les impôts à rentrer, les monastères avaient dû se tourner vers la technologie pour ne pas dépérir. Stimulant les copistes, ils s’étaient mis à échanger leurs expériences, notamment sur la sélection des semences. D’où une augmentation de la productivité et, en dépit des Capitulaires de l’an 900 qui interdisaient le marché, un début de grenouillage monétaire… avec de « petites pièces d’argent noir », comme dit très bien Georges Duby. Et donc, l’activité économique s’est développée et la population a triplé en deux siècles. Si bien que, vers 1300, on a l’impression d’être dans un monde plein, Pierre Chaunu le dit assez bien : la technologie de l’époque donne le maximum de ce qu’elle peut donner, elle ne peut pas nourrir plus de 40 habitants au km2. En 1316, après un aléa climatique, arrivent les premières famines. Et en 1348, la grande peste tombe sur une population déjà affaiblie. Ce fléau sera récurrent jusqu’en 1475. C’est le grand déclin et la population va être divisée par deux. Ce qu’on appelle la Renaissance, c’est la sortie du tunnel, la fin du grand déclin de la fin du Moyen-âge ! Or, nous ne sommes pas du tout dans ce profil démographique aujourd’hui, puisque, depuis 1900, la population a été multipliée par six ! On est en haut de la courbe. Par ailleurs, pourquoi la Renaissance a-t-elle été possible aux XV°-XVI° siècles ? Parce que le rapport entre ressources naturelles et population avait été rééquilibré. Les forêts avaient repoussé – par jachère obligée. Et on avait conservé le know how des techniques du XII° siècle. Les techniques que les fameux ingénieurs de la Renaissance, Brunelleschi, Valturio, Francesco di Giorgio Martini ou Léonard de Vinci, vont mettre en forme sont celles du XII°. Cela se passe dans les Flandres et dans les principautés italiennes, puis en France, avec François 1er, qui sera au chevet de Léonard agonisant chez lui, à Amboise – imaginez le président actuel au chevet d’un des plus grands savants ! La question de l’imprimerie est intéressante. On est en 1453 et l’acteur s’appelle Gutenberg. Mais les imprimeurs chinois connaissaient déjà les caractères mobiles… Gutenberg était surtout un métallurgiste et un militant des idées protestantes. Il cherchait à imprimer la Bible en allemand, ce qui déplaisait foncièrement à l’Église. Lisez le livre de Martin Mallia, « L’histoire des révolutions », chez Tallandier. Le protestantisme commence avec Jean Huss et la défénestration de Prague. Pendant des décennies, les protestants se font massacrer par le St empire, en Hollande, partout… La liberté de pensée est intolérable. L’Inquisition avait été fondée en 1232 – elle est donc déjà là à la fin de la grande prospérité, confiée à l’ordre des dominicains. Ensuite la bulle « Ad Extirpenda » du pape Innocent IV viendra expliquer comment arracher des aveux aux hérétiques sous la torture, alimentant le fameux Manuel des Inquisiteurs des dominicains Eymerich et Peña (avec les « 10 ruses de l’hérétique » et les « 10 façons de déjouer ces ruses », les manières de procéder quand le tribunal débarque dans une ville, qui interroger, comment, etc.).

Clés : L’Inquisition n’est pas une invention de la Renaissance !

TG : Elle avait commencé à agir en 1060, mais c’est à partir de 1232 qu’on a une organisation qui fait penser aux SS, à la Guépéou, et à toutes les polices dictatoriales, qui se sont toutes inspirées de l’Inquisition, notamment par leur accès direct au sommet, court-circuitant tous les échelons intermédiaires. L’Inquisition durera jusqu’au XVII° - avec l’affaire des « possédés de Loudun » (1630), où Richelieu sera pris la main dans le sac a vouloir éliminer un concurrent en l’accusant de sorcellerie. Mais l’Inquisition frappe surtout ce qu’elle qualifie de sorcellerie : 2 millions de morts en cinq siècles. La Renaissance se déroule dans ce contexte, avec un pic des condamnations.

Clés : Reprenons notre propos principal. Vous dites que la comparaison de notre époque avec la Renaissance présente des limites…

TG : Revenons sur la limite démographique. Contrairement à ce qui se passait au XVI° siècle, aujourd’hui, nous sommes en présence d’un déséquilibre grave entre population et ressources. Les révolutions arabes de 2011 sont sans doute stimulées par Internet et un ras le bol des dictatures, mais ne nous cachons pas qu’elles ont aussi une forte composante « émeutes de la faim ». Les chaines d’approvisionnement sont désormais si longues qu’elles sont devenues très vulnérables. Le biologiste et géographe Jared Diamond n’hésite pas à dire que le génocide du Rwanda s’explique sans doute d’abord par une surpopulation – avec une lutte des classes qui avait énormément durci toutes les relations, préparant ainsi les esprits à l’idée même de guerre civile. Dans le cas de l’Europe, au début du grand déclin du Moyen-âge, on trouve des images de l’époque montrant des paysans massacrer des nobles, dans une ambiance de génocide. Remarquez que Philippe le Bel, roi à poigne, crée l’Office des forêts, domaine royal contrôlé, avec des polices pour éviter l’exploitation sauvage. C’est déjà de l’écologie ! Il sent que le rapport ressources/population est devenu critique. Je pense que, dans les décennies et même les années à venir, nous allons voir, peut-être même à l’échelle mondiale, des comportements de contraintes sur la préservation des espaces naturels, qui seront assez autoritaires et radicaux. Je viens de signer un papier où j’avance que l’OTAN ne sert plus à rien, sauf à dépenser des sommes pharaoniques dans des conflits dérisoires, alors que l’on commence à voir des bateaux militaires qui arraisonnent des thoniers parce qu’il faut protéger le thon rouge en Méditerranée. Nous répétons donc plutôt le début du XIV° siècle que celui du XVI°. Nous sommes saturés, au bout de nos ressources. Les ressources halieutiques, les forêts tropicales humides, les barrières de corail, la couche d’humus, les réserves d’eau douce du château d’eau himalayen… tout cela est en chute libre. La fonte des glaciers, quant à elle, s’attaque au tampon modérateur du climat, qui réchauffe l’hiver et rafraîchit l’été. Si ce tampon disparaît, les contrastes climatiques seront beaucoup plus rudes, avec une beaucoup plus grande irrégularité des cours d’eau, notamment ceux de l’Himalaya, qui alimentent l’Inde, la Chine et l’Indochine, soit la moitié de l’espèce humaine. Si ces fleuves-là se retrouvent à sec à la saison sèche, toute l’humanité se retrouve en crise, avec des dizaines de millions de « réfugiés climatiques » qui iront forcément un peu partout… Conséquence, Chinois et Indiens sont lancés dans des aménagements hydrauliques dont le barrage des Trois Gorges est une préfiguration. L’Inde a le projet titanesque de 10 000 km de canaux pour relier ses principaux grands fleuves, qui sont les plus grands du monde (Ganges, Brahmapoutre…). Au Vietnam, le risque touche aussi la montée des mers – Hochiminhville est à fleur d’eau…

Clés : Vous voyez l’OTAN reconvertie en armée écologique ?

TG : Le raisonnement est simple : le métier des militaires est de veiller à la sécurité, et pas d’aller écraser n’importe qui. Or, l’insécurité de l’espèce humaine devient de plus en plus clairement dépendante d’une bonne gestion des rapports avec la nature. Or, ce que l’on voit, ce sont des prédateurs qui dévastent la nature sans états d’âmes, parce que ça leur rapporte des profits. Dès l’instant où l’on se trouve dans un système ultra libéral où seul le profit compte, il n’y a aucun frein. Le seul frein possible est de généraliser à la planète le système du garde forestier inventé par Philippe le Bel ! L’humanité ne va pas pouvoir faire l’économie de gardes pour protéger la nature. Ça existe, comme en labo, dans les grands parcs naturels. Il faut dire qu’en plus, les multinationales, notamment américaines, utilisent des armées de mercenaires, en particulier en Amérique du Sud (type Halliburton ou Blackwater), pour chasser de leurs terres les paysans, se saisir de leurs terres et faire n’importe quoi avec ! Il est donc clair qu’en face, il faut des troupes, et de vraies troupes ! Ce n’est pas Greenpeace ou le WWF qui peuvent résister au danger…

Clés : Parlons un peu du parallèle entre imprimerie et Internet…

TG : Toutes les deux changent la face du monde. La première a permis d’abord la lecture – voyez ce qu’en dit Chartier, le spécialiste de l’histoire de l’édition au Collège de France (auteur d’une étude remarquable sur les sources culturelles de la révolution française). Le projet de Gutenberg est, disions-nous, d’abord un militantisme protestant. Que chacun puisse étudier la Bible lui-même dans le texte. L’une des conséquences fut la multiplication des journaux et des œuvres littéraires non religieuses. Au XVII° siècle, Shakespeare, Corneille, Racine, Molière, etc… sont lus par une minorité grandissante. Et au XVIII° l’essor des imprimeries, des maisons d’édition et des journaux fait littéralement le lit de la révolution. François Furet a chiffré cet essor impressionnant, qui a apporté une culture énorme à toute la population – une population dont le niveau culturel moyen est alors lui aussi en plein boum. Il nous apprend qu’au milieu du XVIII°, la France compte énormément de diplômés… qui ne trouvent pas d’emploi. Ces diplômés sans emploi vont devenir les rédacteurs des Cahiers de Doléances. On sait aussi qu’en 1787 et 1788, les mauvaises récoltes ont fait monter la tension et provoqué des émeutes de la faim. Bref, une combinaison qui nous rappelle fortement la Tunisie, l’Egypte ou la Syrie d’aujourd’hui ! Dans sa grande fresque, Martin Malia montre que les révolutions hussites ont été écrasées dans le sang, que la révolution anglaise du XVII° siècle n’a abouti qu’à une monarchie constitutionnelle et que, finalement, la seule révolution qui a réussi est la française : ses idées se sont imposées et répandues dans le monde entier. Quelles idées ? La séparation des pouvoirs, l’existence d’un pouvoir judiciaire autonome, etc. Si aujourd’hui, on crée un tribunal international à La Haye et des tribunaux pour régler les problèmes entre États, c’est parce que Montesquieu, puis les Révolutionnaires français ont convaincu le monde de leur pertinence. Je suis en train d’écrire un livre là-dessus. Partant de l’organique, notamment cérébral (c’est à dire les processus de reconnaissance), je pose la question de toutes les organisations. On retrouve partout une tri-fonctionnalité dans la façon dont les humains se représentent le monde (y compris celui des divinités) et s’organisent socialement. Les trois pouvoirs doivent reposer sur des processus cognitifs différents, sinon, leur séparation est fictive et vous aboutissez inévitablement à des confusions, des abus et finalement des autoritarismes.

Clés : A l’horizon 2100, quelles sont les caractéristiques du monde qui vient ?

TG : Avez-vous entendu parler de la Déclaration d’indépendance du cyber-espace ? Un document fascinant et abusif, qui consiste à dire : « Je viens du cyber-espace, la nouvelle demeure de l’esprit. Je n’ai rien à voir avec vos pouvoirs de contrainte physique et je ne vous accepte pas en tant que tutelle. Je suis dans un autre monde. » Le problème, c’est que le cyber-espace commence à être sérieusement occupé par de grandes compagnies, du genre Microsoft, Google ou Facebook, qui mettent la chose en coupe réglée, avec leurs serveurs géants et une logistique concrète pour maîtriser le « cloud computing ». Double aspect : c’est bien de regarder le cyber-espace dans sa liberté, mais il y a aussi des tuyaux, qui ont une capacité limitée et on va donc avoir un problème de renforcement des tuyaux… Cela dit, cette communication mondialiste, c’est quand même une marche d’escalier dans la compréhension entre les peuples. Les gens qui renversent les pouvoirs abusifs dans le monde arabe ont exactement la même tenue que les jeunes de nos banlieues. Le même téléphone portable et d’une certaine façon fonctionnent dans le même registre libertaire, qui dit bien que le pouvoir ancien est abusif et qu’il faut s’en libérer. On retrouve d’ailleurs les idées de la Révolution française – c’est pourquoi ça soulève un tel mouvement d’enthousiasme en France : « Ils sont comme nous ! » Il y a une formidable reconnaissance. C’est caractéristique du côté affectif de ce qui peut se passer dans le monde contemporain. Et c’est ce qui fait dire à certains qu’il y a peut-être quelque chose comme une Renaissance. Mais prenons bien conscience que la Nuit du 4 août 1789 et l’abolition des privilèges, se situe trois siècles après la Renaissance ! La Renaissance, ce sont aussi les Borgia ! Aujourd’hui, on a un peu l’impression d’être le 4 août…

Clés : Les révolutions du XXI° seront-elles forcément des révolutions Internet ?

TG : Oui, bien sûr. Mais il ne faut pas non plus négliger certains aspects de la révolution arabe, puisque c’est celle que nous avons sous les yeux. Il ne s’agit pas de briser les enthousiasmes, mais n’oublions pas que la Lybie représente 17% des ressources pétrolières mondiales et que, face à ce type d’enjeu, il y a forcément des « opérateurs » qui fournissent du matériel, des spécialistes, des stratégies. Il y a un mouvement d’enthousiasme populaire… mais il n’y a pas que ça. Dans le cas de l’Egypte, le pouvoir est toujours entre les mains de l’armée…

Clés : Alors, l’horizon 2100 ? C’est un monde avec police écologique. Un monde avec Internet. Sinon ?

TG : Nous sommes à la fin d’une période d’hyper libéralisme. Il va falloir protéger la nature, donc un système plus autoritaire – ce qui va s’opposer à un certain nombre de forces libérales. D’autre part, le libéralisme ayant donné des bulles financières inacceptables, il va bien falloir le contrôler de manière bien plus autoritaire que dans les discussions de Bâle qui se déroulent « entre collègues ». De même, les abus d’Internet vont nécessiter un certain nombre de régulations. Et surtout, on va se retrouver dans une situation qui ressemble un peu à la fin du XIX°, c’est à dire qu’après une crise économique type 1848, on investit et on oriente l’investissement vers :
- de grands travaux type les barrages chinois ou indiens,
- de grands chantiers de transports en commun,
- le réaménagement des villes, dont beaucoup s’effondrent actuellement, type Detroit. Avec la fin de l’ère industrielle (secondaire), la ville n’a plus de raison d’être. La ville organisée autour du secteur tertiaire ou quaternaire n’a pas besoin des foules de gens se bousculent tous les jours pour rejoindre leurs bureaux. On peut travailler à distance… Bref, nous nous dirigeons vers une période plus normative. Du point de vue de notre groupe de prospective, cela caractérisera la période 2010-2060, après une décennie 2010-2020 encore très fluctuante et hésitante, où l’on se décide difficilement à mener une politique plus structurée – par intérêt et corruption (il y a tellement de corruption que les corrompus ne se rendent même plus compte qu’ils le sont – il faut que le public le leur rappelle !), mais aussi par manque de conviction intellectuelle. Cette période de transition débouche forcément sur des politiques structurantes. Quand celles-ci auront atteint leurs effets, dans la seconde moitié du XXI° siècle, on peut imaginer que commencera une civilisation culturelle et artistique créative, avec toutes sortes de performances – avec certaines installations dans l’espace, ou sous la mer. Autrement dit, la vraie et flamboyante « nouvelle Renaissance civilisationnelle et artistique », nous la voyons plutôt commencer dans cinquante ans. Pour y accéder, on ne pourra pas faire l’économie de grandes restructuations et de grands travaux d’aménagement.

Clés : Tout cela, vous l’avez écrit dans votre ouvrage collectif « 2100 » en 1990.

TG : Que disions-nous ? Que nous resterions dans les illusions de la société du spectacle jusque vers les années 2010-2020, où il y aurait malaise transitionnel et crise systémique – monétaire entre autres, avec risque d’hyper inflation mondiale – et lent mouvement vers quelque chose de plus structurant, qui allait inéluctablement devoir tout réorganiser… L’un des effets d’Internet, c’est que les États-nations à l’ancienne perdent beaucoup de leur raison d’être. Nous le voyons bien, pour avoir travaillé au niveau européen : partout où les gens travaillent dans différents pays, ils finissent pas se connaître et par former une communauté internationale qui s’entend pour faire des propositions cohérentes aux gouvernements respectifs, de manière à régler les problèmes concrets. Or, le niveau pertinent des problèmes et de leurs solutions, est de plus en plus régional, ou municipal. L’exemple de la Belgique est étonnant : nos voisins du Nord ne manifestent pas comme les Arabes pour chasser leur gouvernement, mais pour en réclamer un ! Or, voilà un an que la Belgique tourne… sans gouvernement ! Et ça marche ! Pourquoi ? Non pas parce que les ultra-libéraux ont raison : la Belgique n’est pas gérée par le marché, mais par les municipalités et les régions qui, en Belgique, fonctionnent bien. Là, on retrouve la Renaissance, qui a essentiellement fonctionné à partir de « cités-États », comme centres de décision. Le traité de Wesphalie, en 1648 (fin de la Guerre de trente ans), va établir la légitimité des États-nations. Mais finalement, ce niveau d’organisation n’aura vraiment duré que trois siècles et demi. En 2010, un débat a eu lieu, qui n’a pas abouti, sur la réforme des Nations Unies. L’ONU, en 1945, a consolidé les États-nations. Non sans incohérence, puisque donner la même importance à l’île de Saint Martin et à la Chine a quelque chose de surréaliste – d’autant que Saint Martin a vocation à devenir un paradis fiscal. On est donc là dans un dispositif de plus en plus défaillant sur des choses essentielles. Il va bien falloir s’organiser autrement. On ne peut accorder pareille importance à cette poussière de micro-États vulnérables, qui peuvent être littéralement rachetés par un capitaliste un peu fortuné. A l’inverse, certains morceaux d’États, par exemple la Californie, pèsent plus lourd que de nombreux autres États nationaux. Dans un avenir indéterminé, on pourrait imaginer le Minas Gerais, la Californie et la région de Shanghai passer une alliance très « Renaissance » ! Pourquoi pas ? En même temps, les micro-États auraient tout intérêt à se regrouper, pour donner quelque chose de crédible.

Clés : Et les pays émergents, l’importance des Asiatiques et notamment des Chinois, cela donne quoi, selon vous ?

TG : Un monde multipolaire, tous les analystes le disent. C’est à dire une configuration de négociation, dont on ne peut pas prédire ce qu’elle donnera. De toute façon, le monde est devenu trop complexe pour qu’une seule puissance puisse le dominer. Après la chute du mur, nous avons eu une puissance hégémonique. On a vu ce qu’elle a fait de cette hégémonie ! C’est n’importe quoi : des crises financières à répétition, de la prédation brutale, des interventions militaires sans cohérence en aval (l’Afghanistan ne rime à rien). Une réorganisation de la gouvernance mondiale est rigoureusement inéluctable.

 Haut de page 
Accueil ÷ Plan du site ÷ Contacts ÷ Abonnements ÷ Boutique en ligne ÷ infos légales ÷ Publicité