Essayiste et romancier italien, expert en sémiotique et en esthétique médiévale, Umberto Eco est devenu célèbre pour sa série de romans historiques, dont le premier, « Le Roman de la rose », a été porté à l’écran et vu dans le monde entier. Son dernier roman paru, au moment de notre entretien : « Le Cimetière de Prague » (éd. Grasset). Pessimiste sur l’évolution actuelle du monde, il est le seul de nos interlocuteurs à catégoriquement refuser de voir dans notre époque l’émergence d’une quelconque Renaissance.
Résumé de l’entretien audio :
« Le chaos actuel n’est pas une Renaissance. Le XVI° siècle reposait sur la redécouverte du passé et l’organisation de l’univers autour de l’homme. Nous vivons l’inverse : ignorance du passé et oubli de la notion d’homme. Pour moi, l’avenir ressemble plutôt à la chute de l’empire romain. Ces décadents ont été submergés par les grandes migrations, qui ont engendré les « royaumes romains barbares ». Le latin s’est perdu au profit d’une foule de langues, et l’Europe a plongé dans une perte de mémoire de 1000 ans. Vous comparez Internet à une mémoire globale. Mais il existe une amnésie par surabondance. Mon petit-fils a 10 ans et j’ai peur qu’il soit dupe des balivernes qu’il ne saura filtrer sur Internet. Pour tenter de le convaincre d’étudier le passé, je lui dis que j’étais là, le jour où l’on a assassiné Jules César. Et aussi le jour où Cléopâtre est devenue reine. Et quand Colomb a découvert l’Amérique… À sa mort, un ignorant n’aura vécu que 70 ou 80 ans. Moi, 2000 ans au moins. »