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L’esprit des fleurs à notre service

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Les élixirs de fleurs

Par Mélik Nguédar

Jusqu’à quelle époque nos ancêtres surent-ils voir l’aura des plantes et sentir à quel usage thérapeutique elles invitaient ? Chez certains hommes, cet instinct et cette vision ne se sont jamais éteints. Ainsi Edward Bach, médecin anglais du XIXe siècle, à qui les fleurs "parlaient" si fort qu’il en conçut une façon extraordinaire de soigner : les élixirs floraux, qui permettent de s’approprier la dynamique d’épanouissement des fleurs.

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Dessin de ZAZ - DR.

Certes, notre santé dépend d’une foule de facteurs, physiques, diététiques, écologiques, psychiques, affectifs, sociaux... Mais qu’est-ce qui relie le tout ? Quelle enveloppe embrasse notre être le plus global ? Notre corps spirituel, direz-vous... Mais alors, ne faudrait-il pas commencer par soigner ce corps-là, afin que tous les autres se retrouvent assainis à leur tour, en cascade ? Les élixirs floraux ont cette ambition. Pourtant, leur créateur était tout sauf un mystique rêveur. Le docteur Bach (1886-1936), qui dirigeait un hôpital au centre de Londres, était un bactériologue éminent, spécialiste de la flore intestinale, et pionnier de la recherche sur le stress. Au bout de quinze ans de pratique, préoccupé avant tout par le mieux- être de ses patients, il devint l’un des meilleurs homéopathes de son époque. Sa devise : des remèdes plus simples, plus sûrs, plus naturels. Mais il trouvait la vie urbaine pénible, et faisait des séjours de plus en plus longs à la campagne, passait des journées entières dans les champs. C’est alors que se déroula un phénomène fort troublant : Edward Bach entra en communication avec les fleurs. Comment cela ?

Nous posons la question à Philippe Deroide, auteur d’un excellent précis sur le sujet, co-fondateur de l’association de recherche Gaïa et directeur du laboratoire Déva, qui fabrique aujourd’hui des élixirs floraux dans les Alpes.

"Bach est toujours resté discret sur ses expériences personnelles - ce qui a obligé ses élèves à tout redécouvrir par eux-mêmes. Mais nous savons que son intuition et sa clairvoyance étaient telles qu’il lui suffisait de se tenir à côté d’une fleur pour la sentir vivre à l’intérieur de lui, avec toutes ses caractéristiques et notamment ses vertus thérapeutiques. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, pareille communion n’a rien d’une rêverie, mais suppose au contraire une connaissance approfondie de la plante concernée. Une connaissance à la façon dont l’entendait Paracelse, que Bach a beaucoup lu et qui disait : Observons la plante et percevons en elle la signature de sa guérison".

Les deux autres maîtres à penser du médecin anglais furent Hildegarde von Bingen et Goethe. La première le rendit particulièrement sensible à la rosée du matin, à travers laquelle les fleurs, baignées de soleil, "transmettent une qualité de guérison qui n’est pas du domaine du matériel." Quant au second, il lui fit comprendre que l’ esprit de la plante - porteur d’une force thérapeutique très particulière s’exprimait dans sa morphogénèse, c’est-à-dire dans la dynamique de sa mise en forme, et que celle-ci connaissait son apogée dans la floraison.

Les vertus florales

Et qu’est-ce donc que "l’esprit" d’une plante ?

Philippe Deroide : "D’une certaine façon, c’est ce que Rupert Sheldrake appelle son champ morphogénétique. Il faut savoir que le champ de force végétal, surtout si nous le captons au moment de la floraison, a une activité très semblable à celle de la conscience humaine - ce qui explique que nous puissions entrer en résonnance avec la plante.

- Et cela soigne quoi ?

- Certes, quand la maladie est déjà ancrée dans le corps physique, les élixirs floraux ne sont pas une priorité. Il faut raisonner à un peu plus long terme. Bach disait que la santé était le résultat d’une harmonie à la fois mentale et spirituelle. Pour lui, la maladie n’était jamais due à l’environnement extérieur, mais résultait toujours, en dernier ressort, d’un déséquilibre émotionnel entre les différents niveaux de conscience de la personne, d’un conflit entre le moi conscient et l’être profond, dont il fallait aider les potentialités à s’épanouir.

Il fut bouleversé de découvrir que le règne végétal pouvait aider l’homme à rééquilibrer ses émotions. Certaines fleurs ont en effet une influence sur nos "états d’être". Bach sut avec une finesse admirable mettre en corrélation la "qualité" d’une fleur avec une qualité de l’âme humaine. Ainsi, par exemple, les émotions humaines de timidité, d’insécurité, de peur de vieillir peuvent-ils être rééquilibrés grâce à la fleur de mauve, qui offre sa qualité "de confiance, d’acceptation et d’ouverture". La difficulté d’exprimer l’amour maternel pourra plus facilement se dépasser grâce à la fleur du tilleul, arbre féminin par excellence.

Le rhododendron apportera sa joie aux tristes. La paquerette sa capacité de synthèse aux dispersés. Le genêt sa foi aux désespérés. La muscade son courage aux effrayés, etc...

- Comment le thérapeute s’y prend-il ?

- Pour soigner suivant la méthode du docteur Bach, il est indispensable de percevoir, non pas la maladie dont la personne souffre, ni même son syndrome, mais sa vision subjective du monde. Une même maladie objective peut avoir des origines subjectives très diverses. La peur, la résignation, l’orgueil, l’égoïsme, la jalousie, la haine, la voracité, le manque d’individualité... telles sont selon Bach les vraies causes des maux dont nous souffrons (parmi les trente-huit élixirs floraux qu’il a mis au point, un bon nombre concernent notamment les différents types de peur qui hantent nos sociétés.

Prescrire un élixir demande donc une grande qualité d’écoute, et ce n’est pas un hasard si ce sont souvent des homéopathes qui prescrivent des élixirs floraux. Ceux-ci agissent littéralement comme des catalyseurs d’évolution de la conscience.

- Voulez-vous dire que leur usage doit lui-même être conscient ?

- Pas forcément. Au départ, Bach est très pragmatique : en traitant les déséquilibres mentaux et émotionnels de ses patients, il s’est aperçu qu’il améliorait considérablement leur condition physique. Mais les élixirs fonctionnent aussi, et même mieux, sur les enfants ou sur les animaux, qui ne dressent pas aussitôt, comme les humains adultes, une barrière mentale entre le traitement et eux. Cela dit, Bach insistait aussi beaucoup sur la prise de conscience que l’homme doit avoir de la Divinité en lui et par conséquent de son pouvoir contre le mal."

L’explosion des années 80

Jusqu’à la fin des années 70, la situation demeura celle qu’avait laissée Edward Bach à sa mort, en 1936. Les successeurs se contentaient d’utiliser les trente huit élixirs mis au point par le maître, sans oser s’aventurer plus loin. Tout change au début des années 80, quand deux Américains, Richard Katz et Patricia Kaminsky, lancent la" Flower Essence Society", qui reprend les recherches du médecin britannique, avec la ferme intention de les pousser plus loin. C’est sur eux que tombe Philippe Deroide, jeune Français en quête de lui-même dans les montagnes de l’Ouest américain. Pour lui, qui n’avait jamais entendu parler des "élixirs du docteur Bach", la rencontre fut bouleversante.

"Je n’en revenais pas, se souvient-il, qu’un liquide contenu dans un petit flacon, tout concret, avec une etiquette et un compte-gouttes, puIsse entrer en resonnance avec notre être le plus profond. Et pourtant, pas de doute : ça résonnait formidablement ! Je me suis plongé dans l’étude de Bach et immédiatement, j’ai reconnu dans ses mots des émotions et des expériences que j’avais maintes fois vécues et ressenties quand je méditais en pleine nature, au contact du végétal, mais que je n’avais jamais su qualifier avec autant de lucidité. Ma chance, c’est que Katz et Kaminsky, sans se contenter d’appliquer de vieilles recettes, démarraient une nouvelle école". En à peine plus de dix ans, les élixirs floraux ont connu un véritable boom. De nouvelles fleurs ont livré leurs vertus secrètes aux hommes, et ceux-ci se sont mis à mêler différents élixirs entre eux pour créer des "complexes floraux", capables de rééquilibrer des syndromes psycho-émotionnels complexes. Des laboratoires se sont ouverts en Australie, au Canada, en plusieurs points des Etats-Unis..., fondant chacun sa démarche sur des plantes spécifiques. "L’expérience nous montre, dit Philippe Deroide, que nous trouvons dans notre jardin les plantes dont nous avons besoin pour nous soigner."

Ainsi a-t-il créé son propre labo dans les Alpes... Etonnant labo. A mi-chemin entre le futurisme spatial (on y travaillera bientôt des cristallisations sensibles qui exigent un air filtré et des caissons anti-sismiques) et la forêt des druides. Car la récolte des fleurs, ou plutôt de l’esprit des fleurs, ressemble davantage un rituel sacré qu’à une opération scientifique.

Le préparateur, dont la qualité d’âme est absolument essentielle, s’en va, dès l’aube, en un lieu où il a repéré la présence d’une certaine sorte de fleur, si possible en grande quantité, dont la "vertu" l’intéresse. Avec grand respect, il coupe quelques-unes de ces fleurs, encore recouvertes de rosée, les pose à la surface d’un bol rempli d’eau de source, qu’il laisse ensuite exposé au soleil pendant plusieurs heures. Ce ne sont pas les seules fleurs coupées qui, matériellement, chargent alors l’eau du bol de leur force. Elles sont là comme des antennes, qui captent l’essentiel : le "champ" (morphogénétique, diraient certains) de la fleur.

"Un jour, raconte Philippe Deroide, dans une forêt du Vercors, alors que je venais de déposer quelques myosotis dans mon bol d’eau de source, j’ai vraiment eu l’impression que les milliers de myosotis de la clairière où je me trouvais venaient précipiter leur lumière à l’intérieur de ce bol, dans une sorte de don collectif qui m’a ébloui."

Les laboratoires Déva, fabriquent leurs propres élixirs et distribuent la gamme classique des produits anglais.

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