Alexandre Jardin

Alexandre Jardin

"Aimer quelqu'un revient à l'aider à sortir de ses prisons intérieures"

Romancier, il n'est pas anodin qu'il ait écrit un roman dans lequel le héros veut faire changer la femme qu'il aime. Que celui ou celle qui n'a pas eu ce désir lui jette la première pierre. Il s'agit d'ailleurs comme il le souligne d'une attitude plus féminine que masculine. Nous pourrions nous poser la question suivante. Les hommes s'intéressent-ils à l'âme des femmes de leur vie ? Il précise encore que, dans sa compréhension des choses, un homme ne peut pas se connaître lui-même s'il n'engage pas ce dialogue de personne à personne avec une femme. Il y a là un apport fondamental à notre copréhension du nouvelhomme. Il parle aussi de cultiver la joie et de ne pas confondre profondeur des choses et souffrance.

Nouvelles Clés : Dans votre dernier ouvrage, Autobiographie d'un amour, pour réussir à délivrer de ses peurs la femme qu'il aime et lui enseigner l'art d'accomplir ses désirs, votre héros joue de toutes les manipulations. Comment est née l'idée de cet homme sauveur ?

Alexandre Jardin : À une période de ma vie, j'ai souffert de voir la femme que j'aimais au prises avec des difficultés d'être dont je n'avais pas la clef. Et, progressivement, l'idée m'est venue, qu'aimer quelqu'un revenait à l'aider à sortir de ses prisons intérieures.
Que c'était un des chemins de l'amour. Mais aujourd'hui, je crois que c'est une folie. Il ne faut pas demander cela à l'amour. Ce qui ne veut pas dire que les gens qui le font ne doivent pas le faire avec amour. Mais cette exigence surcharge de manière inconsidérée une relation amoureuse. Dans un couple, nous souffrons toujours des emprisonnements de l'autre, mais nous ne pouvons l'aider que s'il accepte de s'engager lui-même sur le chemin de sa libération.

N. C. : D'habitude, ce sont les femmes qui veulent changer les hommes !

A. J. : Parce qu'elles assument davantage le destin du couple. Elles s'assignent ce rôle. Personnellement, j'ai toujours eu tendance, par tempérament, à vouloir tout assumer. Aujourd'hui, je suis convaincu que c'est une erreur. Il y a beaucoup mieux à faire quand on est amoureux. À partir du moment où l'on regarde l'amour comme un problème à régler, on fait fausse route. Même si les problèmes s'imposent, il ne faut surtout pas qu'ils deviennent l'épine dorsale de la relation. Il y a vraiment mieux à faire....

N. C. : Dans une relation de couple, il y aurait une dose optimale d'introspection psychologique à ne pas dépasser ?

A. J. : Oui. Cela abîme la joie... Si on touche à cette corde très fragile de la joie qui est présente dans un amour réel, trop préoccupé par des problèmes à régler, on perd la magie de l'amour. Quand on veut faire changer quelqu'un, c'est que sa conduite nous conduit à des souffrances intolérables et que ses blessures appuient sur des points qui se révèlent trop douloureux. Alors on se bat comme un forcené pour qu'il change. Finalement, je crois qu'on ne peut à peu près rien pour les autres. Et tant mieux ! Chacun conserve un extraordinaire libre arbitre, chacun à le choix de continuer à gémir sur son enfance ou de prendre des chemins de responsabilités.

N. C. : Vos amis hommes se sont-ils reconnus dans votre héros ?

A. J. : Non, et je m'étonne que si peu d'hommes aient envie de faire changer les femmes qu'ils aiment. C'est en effet beaucoup plus un fantasme féminin. Je crains qu'une des raisons en soit que les hommes n'aiment pas suffisamment les femmes. C'est que ce genre de rêve nécessite beaucoup d'énergie ! La réalité des femmes n'a pas l'air de tourmenter la plupart de mes amis hommes.

N. C. : Et vous, c'est cette réalité qui vous tourmente ?

A. J. : Je suis très intéressé par la femme que

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